NAVIGATION A VUE

Publié le par CB



OU VA-T-ON?
 
 
     
   
Des déclarations fracassantes immédiatement suivies d’un tombereau de correctifs ou de démentis. Au point que l’on ne sait plus bien ce qui relève de la bourde ou du ballon d’essai commandité par l’Elysée. Une confusion accentuée par l’absence de consensus au sommet de l’Etat sur des sujets aussi sensibles que l’usage des tests ADN dans le contrôle de l’immigration, la culture des OGM ou l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne. Au final, sur bon nombre de sujets, Nicolas Sarkozy et ses ministres ont, depuis début septembre, dit tout et son contraire. 

La faillite

«Je suis à la tête d’un Etat en situation de faillite financière.» «L’image» que François Fillon a choisie vendredi lors d’un déplacement en Corse n’a pas fini de faire des vagues (lire page suivante). Dimanche, dans le JDD, le secrétaire d’Etat aux Affaires européennes, Jean-Pierre Jouyet, corrige les propos du chef du gouvernement : «Faillite, le mot est trop fort.» Il s’agissait seulement, explique-t-il, de susciter un «électrochoc à des fins pédagogiques»
La guerre
«C’est la guerre», a déclaré Bernard Kouchner (Affaires étrangères), le 16 septembre, au grand jury RTL/ le Figaro/LCI, évoquant le fait qu’il fallait «se préparer au pire» avec l’Iran. Devant le tollé, le chef de la diplomatie a fait machine arrière mercredi à Moscou. Ce «maelström» serait la faute des «journalistes» : «C’est une manipulation, a-t-il dit. Je ne veux pas la guerre, je veux la paix.»
La rigueur
«Il y aura un plan de rigueur pour les fonctionnaires.» Signée Christine Lagarde (Economie), cette déclaration début septembre a inquiété jusqu’à Nicolas Sarkozy, alors occupé à concocter son discours sur les régimes spéciaux et sur l’avenir de la fonction publique. Le secrétaire général de l’Elysée, Claude Guéant, a immédiatement fait savoir qu’il préférait parler d’un «plan de revalorisation». François Fillon a renchéri : «Il n’y a pas de plan de rigueur. Il y a un effort constant pour réduire les dépenses de l’Etat.»
Les OGM
Après avoir entendu Jean-Louis Borloo (Ecologie) laisser planer la possibilité d’un gel des cultures OGM, Michel Barnier (Agriculture) et Laurent Wauquiez, le porte-parole du gouvernement, se sont vendredi relayés pour affirmer que «rien n’est décidé». L’après-midi même, Borloo confirmait pourtant sur LCI qu’ «une tendance générale se dessinait». Sous-entendu, on va bien vers un gel des cultures OGM en France. Hier, dans le Parisien, c’était au tour de Henri Guaino, conseiller de Nicolas Sarkozy, de flinguer Borloo, demandant que l’on ne traite pas «avec désinvolture» la question des OGM. Et de menacer : «La position de la France sera définie à l’issue du Grenelle de l’environnement par le président de la République et le Premier ministre.» En clair, pas par Borloo.

La Turquie

«Je ne crois pas que la Turquie ait sa place en Europe.» Par ses mots, Nicolas Sarkozy a invité implicitement Jean-Pierre Jouyet (Affaires européennes), jeudi soir sur TF1 et France 2, à ne pas se mêler des affaires des grands. Devant le comité Balladur chargé de réfléchir à la réforme des institutions, ce dernier avait suggéré que la France renonce aux dispositions constitutionnelles imposant un référendum pour toute nouvelle adhésion à l’UE. Emise par Jouyet «à titre personnel», cette idée avait pourtant été validée par l’Elysée, le candidat Sarkozy l’ayant lui même défendue.
Les tests ADN
Le recours aux tests ADN dans le cadre du regroupement familial, approuvé mercredi par les députés dans le cadre du projet loi sur l’immigration de Brice Hortefeux (Immigration), a essuyé depuis les critiques d’une brochette de ministres : après Bernard Kouchner, Fadela Amara (Ville) et Martin Hirsch (solidarité), c’était samedi au tour de Christine Boutin (Logement) de se dire «choquée». Et Henri Gaino n’y est pas favorable non plus.
Le Rafale
Hervé Morin (Défense) a attaqué bille en tête le Rafale, fleuron du groupe Dassault avia­tion, dont le premier actionnaire est réputé proche de Sarkozy. Pour le ministre, «l’hypertechnologie est un frein à l’exportation». Du coup, le porte-parole de l’Elysée David Martinon s’est fendu jeudi d’une mise au point : «Ce que les experts disent, c’est que c’est le meilleur avion du monde. […] C’est une bonne affaire.»
Les squatteurs
A vouloir se mettre au diapason de l’hyperactivisme du chef de l’Etat, la secrétaire d’Etat aux Droits de l’homme, Rama Yade, a contribué à la cacophonie ambiante. Sa visite controversée à des squatteurs d’origine africaine, expulsés en application d’une décision de justice prise à la demande de la municipalité PCF d’Aubervilliers, lui a value d’être «recadrée» par Fillon. Lequel lui a fait savoir qu’ «à l’avenir, ce type de démarche devrait faire l’objet d’une concertation avec ses collègues.» Signe des temps, la benjamine du gouvernement a renvoyé peu après Fillon dans les cordes, en assurant avoir « le soutien du chef de l’Etat».
Le remaniement
Pour exister, les ministres en viennent à citer Sarkozy à tout va. Mercredi, sur Canal +, Hervé Morin a créé la sensation en révélant une confidence du Président sur un «probable» remaniement du gouvernement en janvier, certains ministres étant susceptibles «d’exploser en plein vol». Démenti immédiat de l’Elysée. «Il n’y a pas de remaniement envisagé ou programmé», a renchéri Wauquiez. «Ceux qui en ont parlé, en ont parlé imprudemment», a tranché Sarkozy. Une phrase d’actualité.
Publicité

Publié dans POLITIQUE

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
L
Il y a des époques sans futur, où on choisit l'omniprésence pour compenser l'impuissance parce qu'on ne sait plus de quoi sera fait le lendemain. L'ubiquité remplace la continuité. Et nous y voilà. C'est la politique à l'américaine, mais sans le bon Dieu en clé de voûte, sans la Destinée Manifeste. Nous serons donc modernisés, c'est-à-dire atlantisés, normalisés. Sauf qu'une modernité sans le messianisme du progrès, sans les espérances des Lumières, c'est un halètement, un étourdissement, non une mise en perspective du présent. Mais là encore, la technologie commande, et l'idéologie suit. On a les chefs de son Zeitgeist. C'est fataliste, me direz-vous. Non, objectif. Nous ne sommes pas maîtres à bord. Tant pis pour nous.<br /> <br /> régis DEBRAY
Répondre
G
des médias qui sont hypnotisés, une gauche dans les choux, des écrivains subjugués, des ministres inexistants , dans quel pays sommes nous ? en France
Répondre
C
L'activisme présidentiel s'accompagne de tintamarre et cela rend sourd tout la france où les courtisans sont revenus
Répondre
B
A Neuilly-sur-Seine, s'agissant des droits de succession, 56 ménages vont gagner chacun en moyenne 520 000 euros
Répondre
C
On nous amuse... <br /> Faire perdre la boussole aux gens, y compris politiques, doit être une tactique.<br /> Personnellement je les crois trop aiguisés pour être capables spontanément d'autant d'inepties et contradictions ! <br /> Larrons en foire ?
Répondre