LE PATRON LE MIEUX PAYÉ
Cet homme-là sait ce que «gagner plus» veut dire. Il s'est appliqué à la lettre le conseil de Nicolas Sarkozy. Au point que Bernard Charles, loin des feux de la rampe, est probablement devenu le patron le mieux payé de France. Les émoluments du directeur général de Dassault Systèmes donnent le tournis. Son salaire annuel est plantureux : 1,57 million d'euros en 2006. Mais ce n'est rien à côté des 5 millions de stock-options qu'il a accumulées ces dernières années... une fortune de 200 millions d'euros, au cours actuel de l'action de 40 euros. Et ce n'est pas fini. Le législateur encourage la distribution d'actions gratuites pour intéresser le personnel aux résultats de leur entreprise ? Le conseil d'administration a décidé d'en accorder 150 000... en totalité pour Charles. Soit 6 millions d'euros, en plus. «L'attribution d'actions gratuites est une décision stratégique de la famille Dassault, l'actionnaire de référence du groupe, une manière de reconnaître les mérites de Bernard Charles, justifie un porte-parole de Dassault Systèmes. Il s'agit aussi de pérenniser sa position et d'en faire un actionnaire significatif de la société qu'il dirige.»
Certes, Bernard Charles n'a pas démérité, et lorsqu'on lui parle de sa rémunération, il ne manque jamais de rappeler que ce qu'il gagne «n'est rien par rapport à ce qu'il fait gagner à ses actionnaires». Il est vrai qu'en l'espace de vingt ans il a fait passer le petit bureau d'études des avions Marcel Dassault au rang de leader mondial des logiciels industriels en trois dimensions. Cet homme de tout juste 50 ans qui manie des techniques complexes sur le bout de ses doigts affiche un portefeuille de gros clients haut de gamme dans des secteurs variés (Boeing, Airbus, BMW, Ferrari, L'Oréal ou Dim). Il rêve même de vendre ses compétences à l'industrie du luxe. L'an dernier, le chiffre d'affaires de Dassault Systèmes a dépassé le milliard d'euros et le résultat d'exploitation a frôlé les 250 millions d'euros.
Nul ne se risque donc à contester les compétences de manager de Bernard Charles. Mais pour autant, les performances sont aussi celles de tous les collaborateurs du groupe. Or le patron de Dassault Systèmes a une conception assez exclusive de la récompense des résultats. Non seulement il reçoit des actions en France, mais il s'est fait distribuer discrètement un solide paquet de stock-options de la filiale américaine, SolidWorks. Bernard Charles a vendu l'an dernier un tiers de ses 900 000 stock-options, avec une plus-value de 7,3 millions d'euros. Les 600 000 stock-options restantes rapporteraient au cours d'aujourd'hui un peu plus du double : soit 15 millions d'euros. L'étude du cabinet Proxinvest, publiée la semaine dernière, concluait que la rémunération globale des dirigeants des 120 premières sociétés cotées avait baissé l'an dernier de 7,5%. Pas celle de Bernard Charles, dont le patrimoine potentiel atteint 230 millions...
Le Nouvel Observateur