Béatrice Marre : « Les socialistes veulent faire appliquer le principe du pollueur payeur »
5 500 milliards d’euros. Le coût du réchauffement climatique pourrait atteindre ce montant si rien n’est mis en œuvre d’ici à dix ans, selon un rapport commandé par Tony Blair à Nicholas Stern, ancien haut responsable de la Banque mondiale, rendu public le 30 octobre. Béatrice Marre, secrétaire nationale du PS à l’environnement et au développement durable, estime que dans la mesure où un document « de cette nature est sur la table, une politique européenne, voire internationale sur ce sujet va devenir indispensable ».
Les conclusions du rapport Stern sont-elles une surprise ?
La surprise, c’est que pour la première fois un rapport sur ce grave sujet, le réchauffement climatique, est fait par un économiste. Jusqu’à présent, il s’agissait d’organisations non gouvernementales, de partis politiques, ou de scientifiques, et non d’économistes du niveau de M. Stern. Le coût du réchauffement climatique qu’il met en avant est faramineux, car il représente 5 à 10% du PIB mondial.
Il y aura forcément des discussions sur le contenu du rapport, mais le monde économique et industriel va, désormais, tendre l’oreille vers ce problème sur lequel, nous politiques, on essaye d’avancer sans être, le plus souvent, suffisamment entendus.
Est-il possible de réduire les émissions de CO2 à court terme ?
C’est une question de volonté. Jusqu’à présent, nous étions dans l’incitation, en général peu contraignante. Mais, dès lors qu’un rapport de cette nature est sur la table, une politique européenne, voire internationale sur ce sujet va devenir indispensable. Il est tout à fait significatif de voir que le rapport de M. Stern arrive en même temps que le documentaire d’Al Gore, qui montre qu’aux Etats Unis de plus en plus de gens sont en train de s’inquiéter du refus persistant de M. Bush de signer le protocole de Kyoto.
Ainsi, une fois la volonté politique véritablement déclenchée, elle ne sera plus freinée par les intérêts économiques, dès lors qu’eux-mêmes seront convaincus que ce qu’on leur demande aujourd’hui coûtera cher, mais dans des proportions bien moins grandes que si rien n’était fait.
Que pensez-vous de la proposition de consacrer 1% du PIB à la lutte contre le changement climatique ?
Nous avons écrit des choses tout à fait similaires dans le Projet socialiste. Lorsque M. Stern donne le chiffre de 1% du PIB, il donne un ordre de grandeur. Les socialistes veulent faire appliquer le principe du pollueur payeur : cela veut dire qu’une partie de ces 1% sera payée par ceux qui polluent. Il ne s’agit donc pas d’un effort de l’Etat sur son budget, ce ne serait pas possible. Mais, on peut mettre en œuvre un certain nombre de mesures extrêmement précises, qui ne relèvent pas seulement de l’incitation mais aussi de la sanction, de façon à pouvoir arriver à des sommes qui permettraient de financer une véritable action de lutte contre le réchauffement climatique.
Propos recueillis par Fanny Costes
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